Il s’appelle Charles Dubouloz, il a 35 ans, et son nom est déjà bien connu dans le milieu de l’alpinisme.
Cet hiver encore, le guide de Haute-Savoie a tenté un pari insensé : ouvrir une nouvelle voie dans l’Himalaya pakistanais.
L’objectif ? Gravir le Pumari Chhish East, une montagne sauvage de 6 850 m, peu fréquentée et redoutée pour sa verticalité glacée. Mais cette fois, la montagne a dit non.
L’échec – Une expédition qui tourne mal
L’expédition, partie pleine d’espoir, a vite viré au cauchemar. Tempêtes, blessures, matériel bloqué dans une crevasse…
Les éléments se sont ligués contre eux.
« On s’est retrouvés piégés à plus de 6 000 m, sans visibilité, dans le vent et le froid. À un moment, on a compris que continuer, c’était jouer avec la mort », confie Dubouloz dans une interview à L’Équipe.
Le poids du renoncement
Renoncer. Un mot simple, mais terriblement lourd pour un alpiniste. Dans un monde où la réussite se mesure en sommets gravis, dire “stop” est souvent vécu comme un échec.
Et pourtant, c’est parfois le geste le plus courageux.
« Il faut savoir écouter la montagne. Elle donne, elle reprend. Et parfois, elle dit juste : pas cette fois », souffle Charles, encore marqué par l’expérience.
Son récit met en lumière une réalité souvent occultée : la montagne ne pardonne pas.
Là-haut, la météo change en un instant, les cordes gèlent, les ancrages lâchent, et les rêves d’exploit se transforment vite en survie.
Des conditions extrêmes
Pendant plusieurs jours, Dubouloz et ses compagnons ont bataillé contre les éléments. Le froid mordant, les chutes de neige incessantes, le manque d’oxygène.
Les vivres s’amenuisent, les batteries gèlent, la communication devient impossible.
« On était fatigués, gelés, et les visages commençaient à se creuser. Chaque mètre grimpé devenait un supplice », raconte-t-il.
Et puis il y a eu ce moment. Celui où l’on comprend que l’obstination devient folie. Les trois hommes ont pris la décision la plus sage : redescendre. Lentement, prudemment, en silence.
Parce qu’en montagne, le moindre faux pas ne pardonne pas.
L’échec – Une leçon d’humilité
Cette expédition manquée n’a pas laissé que des traces physiques. Elle a surtout laissé des cicatrices mentales.
« Quand tu reviens, t’as l’impression d’avoir échoué. Et puis tu réalises que t’as surtout eu la chance de rentrer », confie le Savoyard.
Dans un monde d’images spectaculaires et de récits héroïques, l’échec est rarement mis en avant. Pourtant, il fait partie intégrante du parcours des plus grands alpinistes.
Ueli Steck, Catherine Destivelle, Marc Batard… tous ont connu des retraites forcées, des ascensions interrompues, des doutes profonds.
La montagne enseigne la modestie. Elle remet chacun à sa place, sans distinction de palmarès.
Le mental, plus fort que la peur
Ce type d’expérience forge une force mentale rare. Pour Dubouloz, comme pour beaucoup d’autres, l’échec n’est qu’une étape vers la réussite.
« Quand tu rates une ascension, tu apprends plus qu’en réussissant », affirme-t-il. « Tu observes tes erreurs, tu ajustes, tu t’adaptes. C’est une école de patience. »
Et c’est aussi ce qui rend l’alpinisme si fascinant : le combat intérieur. Celui entre la peur, la douleur, la raison et la passion.
Les alpinistes savent qu’ils flirtent sans cesse avec la limite. Et pourtant, ils y retournent, attirés par quelque chose d’indéfinissable. Un appel, un besoin vital d’être face à eux-mêmes.
Un engagement total
Les préparations de ce type d’expéditions sont titanesques. Entraînement, acclimatation, logistique, financement…
Rien n’est laissé au hasard. Mais même la meilleure préparation ne garantit rien. « Tu peux avoir tout prévu, tout anticipé, et la montagne décide autrement », résume Dubouloz.
C’est aussi ça, la beauté de l’alpinisme : rien n’est certain. Et c’est dans cette incertitude que naissent les plus beaux récits.
L’échec – Une aventure humaine avant tout
En redescendant du Pumari Chhish, Dubouloz et son équipe n’ont pas ramené de sommet à leur palmarès.
Mais ils ont ramené quelque chose de plus précieux : une expérience brute, sincère, humaine.
« On a vécu quelque chose de fort. Et même si on n’a pas touché le sommet, on s’est retrouvés, on a partagé, on a vibré », raconte-t-il.
Parce qu’au fond, l’alpinisme, ce n’est pas seulement une histoire de victoire. C’est une quête. Celle du dépassement, de la lucidité et de la vie, tout simplement.
La montagne, juge suprême
À l’heure où les réseaux sociaux glorifient la réussite et les exploits extrêmes, des voix comme celle de Dubouloz rappellent une vérité essentielle : la montagne ne se conquiert pas, elle se respecte.
Elle n’appartient à personne. Elle observe, patiente, et parfois, elle repousse.
Mais les vrais alpinistes le savent : le sommet ne fait pas tout.
L’important, c’est d’y retourner. Encore et encore. Parce que, comme le dit joliment Dubouloz :
« Chaque échec est une promesse d’aventure. »
Bien s’équiper pour le sport


